Un direct en pleine poire

Cette fois, le Gros ne rigolait pas : il se traînait par les rues du Quartier, il entretenait une espèce de mélancolie, du jour où ses yeux s’étaient posés plus longuement que d’habitude sur Francine ; Francine, pourtant, il la connaissait, tout le monde la connaissait, depuis toujours. Il lui avait même botté les fesses quand elle était agaçante.

« À peine sa phrase terminée, Gilbert lui avait décoché un coup de poing sans prévenir »


Mais ce jour-là, pour je ne sais quelle raison, le Gros s’était soudain rendu compte que Francine était une fille allègre, avec de jolis cheveux châtains frisés, et un sourire qui mangeait le soleil. Alors il s’était tourné vers Gilbert qui regardait dans l’autre direction, et il avait dit : «Nom de Dieu, cette Francine, quel cul, quelles fesses ! Une vraie salope !»
À peine sa phrase terminée, Gilbert lui avait décoché un coup de poing sans prévenir ; le Gros avait pris le direct en pleine poire. Gilbert était petit, d’un calibre médiocre mais rageur, et sa rage avait été décuplée par le fait qu’il était le frère de Francine. Et le Gros encaissa le coup sans y répondre : il avait commis une offense en parlant ainsi d’une fille à son frère. Il devait assumer sa gaffe, accepter le coup de poing et se taire.
Il y a des phrases qu’on ne pardonne pas. Les mères et les sœurs du Quartier sont intouchables même avec des mots, sacrées comme l’Hostie du dimanche qui se transforme en bouchée de sang dès qu’on la mord.

(extrait d’un roman à paraître)

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